Elise

Je ne comprends pas ce qui se passe. Où elle est maman ? Elle n’est plus là. La dernière fois, c’est mon oncle qui m’a attrapé et cette grand-mère que je ne connaissais pas avant qui m’ont mis dans la voiture. Elle a crié. Elle pleurait. Je ne elise2016-11-10-photo-00000032pouvais pas la consoler. Après, c’était terrible ! Je ne voulais pas entendre. Et maintenant, maman n’est plus là.  Où qu’elle est maman ? Elle est peut-être perdue ? Est-ce qu’elle est partie sans moi chez-nous, là bas, dans la belle maison de mamie Margarita ?

Je voudrais vraiment voir ma maman !  Comment va-t-elle faire pour nous retrouver ? Papa lui a peut-être dit que nous allions déménager ? Ça fait longtemps maintenant ! Elle m’a peut-être oubliée… Je veux maman mais je suis trop petite pour aller la chercher.

Pourtant, tout avait bien commencé. Nous allons faire un beau voyage, a dit maman. Nous allons rendre visite à la grand-mère Elisabeth en France. C’est loin mais c’est beau la France ! Papa était tout content. Tu penses ! Ça faisait très longtemps que sa maman a lui était partie loin, très loin et maintenant, elle nous invitait tous les trois à venir la rejoindre pour quelque temps. Peut-être que ce voyage ferait du bien à papa et maman qui se disputaient tout le temps. Peut-être qu’on pourrait tous toujours rester ensemble. J’étais quand même triste de quitter mamie Margarita. Mais on allait se promener. On allait prendre la voiture et après un avion. Il était grand, cet avion ! Et ça a duré longtemps sans pouvoir sortir. J’aime me promener en voiture et l’avion c’est bien aussi.

Et puis, j’ai eu un peu mal aux oreilles et enfin maman a dit : “Ça y est, mon bébé, on va sortir”. J’étais très fatiguée. Je voulais mon lit chez nous ou chez mamie Margarita, dans ma jolie chambre.

La dame qui nous attendait voulait m’embrasser. Je ne l’avais jamais vue. On m’a dit que c’était la abuela Elisabeth.  Nous sommes allés chez-elle.

Un jour, il y a eu beaucoup de bruit. Les adultes parlaient très fort. La grand-mère Elisabeth et papa avaient bu. Pas maman. Elle est partie dans la chambre avec moi. Depuis rien n’allait plus. Maman a dit qu’elle voulait rentrer chez-nous. Moi, je veux rester avec maman.

**********

2 septembre. Que vais-je faire ? Me voilà à la rue sans ma fille. Je me suis défendue comme j’ai pu, j’ai frappé, j’ai crié, j’ai griffé… mais ils étaient trois contre moi seule. Ils ont pris Elise et je n’ai rien pu faire. J’irai me plaindre à la police – ai-je réussi à crier quand ils s’éloignaient en voiture.

Ne pas parler la langue du pays, quel handicap ! Je suis allée à la police, ils sont arrivés aussi, je pense qu’ils ont eu peur. Les policiers n’ont rien voulu savoir. Des étrangers qui ne parlent pas la langue… et puis quoi encore ! Le Panama ? Pff ! Si maintenant il faut s’occuper de gens qui viennent de pays qu’on ne sait même pas qu’ils existent ! Allez ouste ! Bon, d’accord ! La petite veut aller avec sa maman, elle reste avec sa maman aujourd’hui et demain son père revient la garder. Un jour l’un et un jour l’autre. Et attention ! Celui qui ne respecte pas cette décision il aura affaire à nous !

Le lendemain, il est revenu reprendre “son tour” de garde avec Élise. J’y ai cru. J’ai quitté l’appartement et me suis réfugiée chez des amies rencontrés lors de promenades au parc. Je ne saurai jamais assez remercier ces femmes, rencontrées par hasard au parc avec Elise. Des mexicaines de Belfort, avec des enfants jeunes comme mon Élise.

Quand je suis revenue, il n’y avait plus personne. Le propriétaire m’a dit que le bail avait été résilié. Je sais où ils sont ! Chez-elle ! Chez Elisabeth, à Croix. C’est un village perdu à la frontière suisse, je ne sais pas comment y aller par moi-même. J’y suis déjà allée mais toujours en voiture et c’est toujours Elisabeth qui conduisait. Aucun point de repère sauf google map.

3 septembre. Septembre noir.

Je retourne au Commissariat.

Rien à faire ! Ce n’est pas leur problème, ils ne peuvent rien faire, voilà, voilà… Non, rien !

Je suis seule. Je n’ai pas de ressources. J’appelle maman. Je raconte. Elle est effondrée. Elle a tellement essayé de me dissuader de faire ce voyage ! Elle savait.

– Bon, ma fille, tu tiens bon, je t’envoie de l’argent pour survivre, mais tu retrouves ta fille !

Pauvre maman ! Elle a toujours tout fait pour moi, sa poupée, sa fille unique ! Et moi, je perds ma fille à Belfort ! Une petite ville à l’autre bout du monde !

**********

Si tu voyais maman comme elle est jolie mon école ! Elle est petite et il faut aller en voiture ou en car parce que ce n’est pas dans le même village de grand-mère Elisabeth. C’est dans un autre village. Tu sais maman, je t’explique : dans l’école du village d’Élisabeth l’école est trop petite, alors il n’y a que les grands de 10 et 12 ans, dans d’autres villages, je ne plus comment, il y a les 5 -6 ans, les 7 – 9 ans et ici, c’est nous, les petits de 3 et 4 ans avec la maîtresse qui est vraiment gentille. Il y a aussi une autre dame qui nous aide quand on doit aller faire pipi mais aussi pour dessiner. J’apprends à parler avec les autres. J’apprends de nouveaux mots. Je dessine, j’écris, je joue avec les copains et les copines. Je suis contente à l’école! J’oublie que tu n’es pas là. Tu viendras peut-être me chercher aujourd’hui? Mes mots pour toi, je vais les oublier ? Je ne sais plus. Il faut que tu reviennes vite, maman ! J’aime bien l’école, elle est claire et la maîtresse est vraiment gentille mais la maison de grand-mère est triste sans toi. Quand je reviens de l’école je pense que je vais te trouver mais tu n’es toujours pas là.

*******

Perdue. Je ne comprends rien. Je suis allée partout. On m’a dit d’aller à la Préfecture. Ils ont pris une mesure d’interdiction de sortie du territoire pour le père de mon enfant, mais ça n’est que temporaire. Et maintenant comment je fais pour retrouver mon Elise ? Quelqu’un m’a dit d’aller dans un bureau, il était question de droit, de conseil… Une dame très aimable m’a donné des documents et j’ai compris que je devais aller à la police avec ça. J’y suis allée, j’y ai donné mes papiers, mais il ne s’est rien passé. Ce n’était pas ça qu’il fallait faire. Perdue. Perdue et sans ma fille.

Novembre arrive et j’en suis au même point. Tante Ana m’appelle depuis le Panama, elle est avec une dame qui habite en France depuis longtemps. Je suis tellement affolée que j’arrive à peine à mettre en ordre mes idées pour expliquer ce qui m’arrive et raconter les démarches infructueuses faites jusque là. Ça paraît une histoire de fous. J’espère ne pas devenir folle, moi!

D’accord, a-t-elle dit, nous allons reprendre les choses dans l’ordre. La première chose à faire est de porter plainte pour enlèvement d’enfant… Ça marchera ou ça ne marchera pas, mais il faut faire quelque chose… Ce sera sûrement long mais ça suffit de se cogner contre les murs dans une chambre noire et sans issue.

********

Ils sont bien surpris. Ils ont cru que j’allais me laisser abattre, renoncer à ma fille… Les voilà bien étonnés d’être convoqués pour audition à la gendarmerie. Ordre du Procureur. Ma plainte a été reçue et accueillie favorablement. J’ai été appelée à raconter les faits et nous venons d’apprendre que lui aussi, a été entendu par les gendarmes. Il a dû être bien surpris. Il ne s’attendait pas à me voir encore. Il a cru que je serais faible, que je n’aurais personne sur qui compter. Il s’est lourdement trompé. On verra ce qu’on verra. Je ne partirai pas d’ici sans ma fille… Il a des droits, d’accord, mais moi aussi.

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On s’est couchés tard. Je ne voulais pas dormir ! Je n’aime pas dormir quand maman n’est pas là. Je suis fatiguée. Papa et grand-mère ont dit qu’il fallait y aller. Elle m’a mis ma belle robe de princesse et les petites chaussures de princesse. Je ne veux pas marcher dans la rue. Il fait trop froid et j’ai mal aux pieds.

Nous arrivons dans un lieu que je ne connais pas. Qu’est-ce que je vois ? C’est maman ! Elle img_5527est là ! Je veux descendre. Papa me pose à terre. Je cours vers maman. Elle me serre dans ses bras, tout contre elle. J’entends à nouveau sa voix qui me dit qu’elle m’aime. Je suis contente. Maman est là ! On entre dans un bureau avec des dames. Papa a l’air triste mais je suis contente de voir ma maman. Après, il m’a fait un bisou, il a dit au revoir et il est parti. Au revoir papa ! Nous, on est restées encore avec les dames.

On sort. Tiens ! Bizarre ! on va dans une voiture qui n’est pas celle de grand-mère Elisabeth. C’est une dame que je ne connais pas qui conduit. Il y a un siège pour moi mais pas comme dans la voiture de grand-mère. Mais maman est avec moi ! On rigole toutes les deux sans s’arrêter et la voiture file sur l’autoroute. L’auto s’arrête enfin. C’est une nouvelle maison. Un grand monsieur attend devant la porte. C’est peut-être Papa Noël, je trouve qu’il lui ressemble. Oui, je crois que c’est lui. C’est papa Noël. Dans son atelier il a plein de joujous… Et la dame de la voiture c’est Mamie Noël. Et je suis avec maman… Mais… où est-ce qu’ils sont les enfants ? Comment ?! Ils sont pas là ? Il faut aller les chercher ! On va au parc ?

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